Une certaine littérature à relent néo-colonialiste
a forgé (sous le patronage de l’Internationale Démocrate
Chrétienne) pour les besoins d’une cause le concept volontairement
avilissant de « minorité tutsi du Burundi ».
Le terme fit fortune à partir du moment où repris, diffusé et
amplifié par la presse à sensation, il fut chargé de
résonance affective et de connotation négative particulièrement
en période de crise politique et de tensions inter- ethniques.
Un cliché était ainsi né qui allait meubler l’inconscient
collectif et hanter l’imaginaire commun d’une partie de nos populations à mesure
que l’idéologie du PALIPEHUTU-FRODEBU était propagée.
Voilà un stéréotype au demeurant qui allait constituer
le prisme déformant à travers lequel une grande partie de l’opinion
internationale sous le coup d’une campagne de désinformation
savamment orchestrée par l’IDC appréhende la réalité politique
burundaise et l’interprète. Ce stéréotype est
aujourd’hui remis à l’honneur par la Tanzanie, l’Ouganda
et l’Afrique du Sud.
Ce cliché était incontestablement le produit d’une lecture
raciste du passé de notre pays caractéristique de l’historiographie
coloniale faisant du Tutsi un envahisseur venu d’Egypte ou d’Ethiopie
pour dominer les populations autochtones essentiellement Hutu.
Hypothèse fantaisiste affirmation erronée s’il en est
puisque elle est dénuée de toute base scientifique, l’objectif
de cette opération politique de l’Internationale Démocrate
Chrétienne était la marginalisation des Tutsi et au besoin
leur élimination physique suivie d’une installation d’un
pouvoir Hutu d’autant plus soumis à son maître qu’il
aura été imposé par lui et tout cela sous l’habillage
fallacieux de la démocratie. C’est la révolution sociale
assistée par l’IDC telle que l’a pratiqué Grégoire
Kayibanda au Rwanda en 1959.
Le refus de cette marginalisation par les Tutsi provoquera les violentes
réactions des Hutu qui fourniront à l’histoire contemporaine
de notre pays sa trame tragique et ses conflits sanglants.
C’est à juste titre que les Tutsi ont refusé cette minorisation
car ils ne sont pas une minorité. En effet la minorité n’est
pas une réalité statistique, mais un fait historique, culturel
et politique.
Les Kurdes sont une minorité en Irak parce qu’ils sont à la
périphérie de l’histoire et de la culture irakienne.
Les Hongrois sont une minorité en Roumanie parce que détachés
de l’Empire austro-hongrois par le Traité de Paris après
la 1ère guerre mondiale ils ont été artificiellement
greffés sur la Roumanie.
Les Blancs de l’Afrique du Sud sont une minorité parce qu’ils
sont étrangers à la culture et à la civilisation autochtone
et que leur intrusion dans l’histoire politique de ce pays est trop
récente.
Rien de semblable pour les Tutsi car ils sont un élément constitutif
de cette réalité historique, culturelle et politique qu’est
le Burundi exactement comme l’oxygène est un élément
constitutif de l’eau.
Jamais à la périphérie, mais toujours au centre, les
Tutsi ont été, sont et seront toujours des acteurs majeurs
de l’histoire et de la culture de notre pays, des partenaires politiques
incontournables.
Qu’on considère le Burundi comme un Etat- Nation c’est-à-dire
une République de citoyens ou un Etat- Ethnies c’est-à-dire
une République de communautés ethniques, les Tutsi ne sont
pas une minorité.
Dans le 1er cas, le Burundi compte cinq millions de citoyens égaux
en devoirs et en droits et le terme de minorité n’a aucun sens.
Dans le 2ème cas les Tutsi appartiennent à 1 communauté ethnique
dans un pays qui en compte 2, lesquelles communautés ont les mêmes
droits politiques et la notion de minorité n’est pas de mise.
La difficulté de la démocratisation dans notre pays provient
du fait que dans l’Etat -Ethnies qu’est devenu le Burundi, on
veut appliquer des règles de jeux politiques conçues pour un
Etat- Nation qu’il a cessé d’être.
Lorsqu’on admet et qu’on affirme que les Hutu ont le droit de
refuser au besoin par la force d’être dirigés par un dirigeant
Tutsi qu’ils n’ont pas élu, je rétorque que les
Tutsi ont le même droit et qu’ils sont parfaitement justifiés à refuser
un dirigeant Hutu qu’ils n’ont pas choisi. Contrairement à ce
que affirment les autorités tanzaniennes, ougandaises et sud-africaines,
le Burundi n’est pas un pays où une majorité ethnique
(les Hutu) a le droit naturel de gouverner et une minorité ethnique
(les Tutsi) juste bonne à être protégée, mais
un pays où il est urgent de définir un nouveau type de relations
socio- politiques entre les deux communautés ethniques, relations
aptes à garantir aux membres de chacune d’elles la survie physique
et le pouvoir politique (sur une base strictement paritaire) auxquels ils
aspirent tous.
Prétendre qu’au Burundi les Tutsi sont une minorité parce
qu’ils représentent 20% du total est aussi inepte et insensé que
d’affirmer que l’oxygène est minoritaire dans l’eau
(H2O) parce que il suffit d’1 seul atome d’oxygène alors
qu’il en faut 2 d’hydrogène pour constituer une molécule
d’eau.
Après tous on a jamais parlé de minorité Irlandaise
aux Etats-Unis même du temps où la famille Kennedy (d’origine
irlandaise) était au pouvoir. On ne parle pas non plus de minorité wallonne
en Belgique.
Les Tutsi ne sont pas une minorité parce que notre pays n’est
pas le BUHUTU mais le BURUNDI. Il y a une nuance, elle est importante… très
importante…