Hans MEYER, dans son livre "DIE BARUNDI", traduit en français,
pose les germes de ce qui deviendra plus tard l'idéologie du génocide
au Burundi : "TANT QUE LES BATUTSI SERONT LES MAITRES DU PAYS, UN ESSOR
INTELLECTUEL ET CULTUREL DU PEUPLE BARUNDI DEMEURE IMPOSSIBLE, CAR SEUL CE
BAS NIVEAU DES BAHUTU, MAINTENU AU COURS D'UN ISOLEMENT SECULAIRE, ASSURE
LA DOMINATION BATUTSI. POUR L'INSTANT EVIDEMMENT, NOUS ALLEMANDS, DEVRONS
RESTER EN BONS TERMES AVEC LES BATUTSI ET LES INTERESSER MATERIELLEMENT A
NOS INITIATIVES EN URUNDI, CAR NOUS SOMMES ENCORE TROP FAIBLES POUR PARTIR
OUVERTEMENT EN CAMPAGNE CONTRE EUX. MAIS LE BUT D'UNE POLITIQUE COLONIALE
A PLUS LONG TERME DEVRA ETRE DE BRISER LA DOMINATION BATUTSI, DE LIBERER
LES BAHUTU DU JOUG BATUTSI ET DE LES GAGNER A NOS VISEES CIVILISATRICES QUI
CORRESPONDENT AUSSI A LEURS PROPRES INTERETS" (Die Barundi, traduction
française, sous le titre "Les Barundi", page 27). Pourtant, à cette époque,
les grands responsables du pays sont Hutu et Tutsi dans une même proportion,
pendant que du point de vue socio-économique, Bahutu et Batutsi vivent
les mêmes conditions.
1959
Au Rwanda, où la population est composée de hutu, tutsi et
twa, comme au Burundi, les militaires belges s'associent aux hutu pour massacrer
les Tutsi. Un génocide que l'on couvrira et que l'on qualifiera cyniquement
de "révolution sociale". C'est cet exemple que les extrémistes
hutu du Burundi tentent de suivre depuis plus de 30 ans déjà.
1965
Les extrémistes hutu exterminent les familles Tutsi à MURAMVYA.
L'armée et la magistrature arrêtent et répriment les
coupables débusqués. A cette époque, l'armée
et l'administration sont dominées par les hutu; l'Assemblée
Nationale est dominée à plus de 80% par les hutu; et sur 10
ministres du Gouvernement d'alors, on compte (sept) 7 hutu, (deux) 2 tutsi,
(un) 1 ganwa. Pourquoi l'extremisme hutu exécute-t-il le génocide
contre les Tutsi quand les hutu ont tant de pouvoir ?
1969
Une tentative de coup d'état militaire de l'extrémisme Hutu
avorte dès sa mise à exécution. A nouveau c'est l'armée
et la magistrature qui arrêtent et répriment les coupables.
1972
L'extrémisme hutu attaque les familles Tutsi dans presque tout le
pays, mais essentiellement au Sud et dans la Capitale. Les tueurs se sont
préparés au Rwanda et en Tanzanie. De nouveau, l'armée
et la magistrature arrêtent et sanctionnent les coupables. La répression
est très dure, proportionnelle à la dimension des méfaits
des assaillants.
1988
L'extrémisme hutu attaque les familles Tutsi des Communes NTEGA et
MARANGARA au Nord du pays. L'armée bloque la poussée du génocide,
mais la magistrature ne réprime pas les coupables; le régime
en place les amnistie plutôt. Les tueurs avaient été formés
au Rwanda et en Tanzanie; ils agissaient sous la supervision du Président
HABYARIMANA du Rwanda.
1991
La ville de Bujumbura est attaquée par des bandes armées venues
de CIBITOKE. Ce sont des terroristes à nouveau sous la supervision
du Président HABYARIMANA du Rwanda. L'armée bloque l'avancée
du terrorisme, mais la magistrature ne réprime pas les coupables;
le régime les amnistie à nouveau.
Juin 1993
Le Frodebu gagne les élections présidentielles et législatives.
Et aussitôt après, c'est la chasse des Hutu de l'opposition
et des Tutsi. On les exproprie de leurs terres, on les chasse de l'administration,
... on les tue. Le Frodebu avait été aidé par quelques
lobbies internationales sous la supervision du Président HABYARIMANA
Juvénal du Rwanda. Des tensions se développent dans les rangs
du Frodebu. Le Président de la République s'affronte à plusieurs
occasions avec Léonard NYANGOMA, alors Ministre de l'Intérieur
et de l'Administration du Territoire.
Pendant ce temps, des frictions se développent dans les rapports
entre le Président NDADAYE du Burundi et le Président HABYARIMANA
du RWANDA.
Octobre 1993
Le Président NDADAYE est assassiné par des éléments
de l'armée. Le génocide des Tutsi qui avait commencé timidement
quelques temps auparavant éclate subitement sur au moins 2/3 du territoire.
Plus de 100.000 morts selon certaines estimations. Partout où les
Tutsi sont minoritaires, les Hutu passent à leur extermination, avec
la même méthode, tuant au passage femmes, enfants, vieillards,
...
Février 1994
Monsieur Cyprien NTARYAMIRA, un Hutu du Frodebu, devient Président
de la République. Léonard NYANGOMA, un Hutu aussi du Frodebu,
alors Ministre de l'Intérieur et de la Sécurité Publique,
quitte le pays, de peur d'être arrêté comme auteur du
génocide d'octobre 1993. Il va organiser les milices génocidaires à partir
du Zaïre et d'autres pays.
Avril 1994
Le Président NTARYAMIRA trouve la mort dans un attentat contre l'avion
présidentiel Rwandais, et le nouveau cycle de génocide le plus
meurtrier au Rwanda s'instaure.
On réalise que ce qui s'est passé au Burundi en octobre 1993 était
une sorte de répétition d'exercices du génocide, puisqu'on
découvrira qu'au sein des bandes qui tuaient les Tutsi du Rwanda et
les hutu qui refusent l'idéologie nazi se trouvaient - nombreux parmi
eux - les extrémistes hutu qui avaient exécuté auparavant
le génocide au Burundi.
Septembre 1994
Une convention de Gouvernement est signée entre 12 partis politiques.
Elle confirme Monsieur Sylvestre NTIBANTUNGANYA, un Hutu du Frodebu, à la
tête du pays.
Dans cette convention, sous l'article 36, les 12 partis politiques signataires
reconnaissent qu'en octobre 1993 il y a eu génocide au Burundi.
1993-1996
Depuis 1993, le génocide se poursuit au Burundi. Les milices de Léonard
NYANGOMA tuent partout dans le pays : au Nord, au Sud, à l'Est, à l'Ouest
et au Centre. Elles s'attaquent généralement aux enfants, aux
femmes, aux vieux.
1916-1996
80 ans de préparation et d'exécution du génocide contre
les Tutsi. Sous l'oeil complice et avec une main de coaction de certaines
lobbies internationales qui ont initié, qui ont financé, qui
ont fourni la logistique ainsi que l'appui moral, médiatique et diplomatique.
Deux poids, deux mesures : ailleurs le génocide est combattu; c'est
un crime imprescriptible. Au Burundi, quand il s'agit des Tutsi, c'est à peine
si on y voit un crime à poursuivre pénalement. Les Tutsi ne
sont-ils pas des humains tout comme les Juifs, les Arméniens ou autres
victimes du génocide?
Il faut que les ténors de la Communauté Internationale se
réveillent pour condamner et combattre le génocide contre les
Tutsi et les massacres aujourd'hui contre les Hutu qui rejettent l'idéologie
nazi. Il faut que les représentants et les membres de la Communauté Internationales
qui pèsent aujourd'hui évitent que l'Histoire les rendent demain
complices des lobbies qui encouragent et font exécuter quotidiennement
le génocide au Burundi.
Source: Rapport de la société civile sur le génocide.
Auteurs: 21 associations, Bujumbura, Burundi, 1996.