D´emblée, il convient d´établir cinq vérités
essentielles sur l´exode des réfugiés de Kirundo. Mais
auparavant, quelques faits et chiffres pertinents. Les réfugiés
partis de la province de Kirundo sont partagés entre trois sites rwandais:
Gikonko dans la province de Butare, Ngenda dans la province de Kigali-Ngali
et proche du lac Cyohoha et enfin Kigeme situé dans la préfecture
de Gikongoro où les réfugiés issus de la dernière
vague d´octobre 2004 ont rejoint ceux de 1972. Les réfugiés
de Gikonko sont certes majoritairement Tutsi mais de nombreux Hutu et quelques
Twa ont décidé de franchir la frontière rwandaise avec
leurs compagnons d´infortune tutsi parce qu´ils s´estiment
aussi menacés dans leur sécurité. Les Hutu persécutés
en particulier le sont pour avoir appartenu et voté pour le parti
Uprona dans le passé.
La structure des âges des réfugiés constitue aussi un
enseignement révélateur. A la date du 09.10.2004, en effe t,
le camp de Gikonko hébergeait 772 réfugiés recensés
et répartis selon les tranches d´âge suivantes. De 0 à 6
ans, le camp comptait 75 garçons et 86 filles ; entre 6 et 18 ans,
il comptait 148 garçons et 203 filles ; entre 18 ans et 60 ans, une
tranche d´âge très ouverte, il comptait 99 jeunes gens
et hommes adultes et 152 jeunes filles et femmes adultes. Enfin, au-delà de
60 ans, le camp accueillait 3 hommes et 6 femmes. Les réfugiés
indiquent enfin que les hommes adultes qui ne sont pas partis en exil sont
restés pour garder leurs maisons, leur « rugo » et leurs
vaches en particulier.
Les réfugiés n´ont pas fui la faim ni des rumeurs infondées
Qui fuit ? Principalement les groupes les plus vulnérables. Comme
d´habitude hélas depuis le début de la guerre civile
burundaise, il y a onze ans, ce sont les mêmes groupes humains qui
payent le tribut le plus lourd à la guerre. Le camp de Gikonko compte
surtout les fem mes, les enfants, les jeunes scolaires et peu d´hommes
adultes. Et contrairement aux affirmations rapides des premiers jours, les
réfugiés de la province de Kirundo n´ont pas fui la faim.
C´est un mensonge qu´ils ressentent d´ailleurs comme une
insulte. « N´ukudutyoza » affirment-ils tous en cœur.
En effet, les marchés de la région de Gikonko où ils
ont été accueillis sont approvisionnés principalement
par les haricots provenant de Kirundo, leur province d´origine. Le
Kilo de haricot sec, vendu actuellement entre 140 à 250 FRW a du reste
tendance à se renchérir en raison précisément
de l´insécurité que révèle l´exode
des réfugiés provenant des communes burundaises riveraines
du Rwanda.
Par ailleurs, la très vaste et très belle vallée de
la Kanyaru, rivière qui fait frontière entre les deux pays,
est très cultivée en cette saison aussi bien côté burundais
que rwandais. C´est du reste la saison des récoltes du maïs
notamment. Enfin, il faut rappeler que la prov ince de Kirundo a été,
dans le passé, le grenier du Burundi et produisait des quantités
impressionnantes de haricot et sorgho notamment, des denrées vendues
sur plusieurs marchés du pays.
La deuxième contre-vérité à laquelle les témoignages
des réfugiés de Gikonko apportent un démenti formel
consiste à affirmer qu´ils ont fuit à cause de « rumeurs
infondés. » Les réfugiés affirment avoir fui pour
des raisons précises à savoir : des entraînements militaires,
des intimidations et des menaces personnelles proférées par
des milices qu´ils désignent spontanément et sans la
moindre hésitation comme des militants du CNDD-FDD.
Jusque récemment, le flux des arrivées et des départs
ne s´est pas encore inversé. Les réfugiés continuent à arriver
par petits groupes isolés. Même si les milices du « Semudede »,
comme ils désignent l´ancienne rébellion dans leur langage
de paysannes et de paysans humbles, les empêchent de partir.
De ce fait, au 17.10 .2004, le camp de Gik onko recensait 817 réfugiés.
Entre le 09 et le 17.10, 145 réfugiés étaient rentrés
dans leurs foyers au Burundi et le registre des réfugiés tenus
par les services sociaux de la préfecture de Butare recensait, ce
jour-là, 4 réfugiés rentrés alors que 16 avaient
rejoint le camp. Ces chiffres confirment qu´il s´agit de fluctuations
faibles mais constantes d´une part et que le flux des arrivées
et tout de même plus important que celui des départs d´autre
part.
Enfin, les réfugiés de Gikonko sont regroupés par 10,
par famille. « On les regroupe par commune, par secteur même,
indique le responsable du site, pour éviter notamment les vols et
surtout pour faciliter la distribution des vivres, des ustensiles et des
vêtements. Un chef est, par ailleurs, désigné par chambrée. »
Le troisième chapitre d´un drame ancien
La deuxième vérité que révèlent les entretiens
avec les réfugiés est confirmée par R. R. Le président
de la communauté de s réfugiés de Gikonko préfère
garder l´anonymat de peur qu´il ne soit reconnu par les milices
restées au pays et qu´il ne soit liquidé à son
retour éventuel ou que sa famille subisse des représailles.
R.R. affirme donc que la région d´où les réfugiés
sont partis connaît un déficit considérable en hommes
adultes d´âges mûr car ils ont été assassinés
lors des crises successives qui ont provoqué des violences à Ntega
et Marangara en 1988 et en 1993.
Une dame, A.B., qui elle aussi souhaite garder aussi l´anonymat pour
les mêmes raisons que R.R. a laissé, la mort dans l´âme,
deux de ses enfants, des élèves en 5ème et 6ème
année derrière elle. A présent, elle se demande comment
les récupérer. Elle a fuit exprès dans ses habits du
dimanche dans le but de tromper la vigilance des milices locales. En lieu
et place de sa carte d´identité, elle n´a pris sur elle
qu´une ordonnance médicale et a fait semblant d´aller
chercher des médicaments dans un dispensaire proche. Par ailleu rs,
A.B. déclare avoir deux garçons plus âgés qu´elle
avait proposés d´incorporer dans les milices du CNDD car elle
voulait tester leur bonne foi. Puisque le prétexte de leurs entraînements
militaires nocturnes consistait à protéger la population selon
leurs déclarations. Mais les milices du « Semudede » ont
refusé d´incorporer ses fils. Du coup, elle a compris qu´elles
n´étaient intéressées que par les jeunes Hutu.
Ce qui a précipité sa décision de partir en exil.
En réalité, les témoignages de R.R et de A.B, confirment
que le drame actuel ne constitue pas une crise isolée. C´est
le troisième chapitre d´un drame qui a meurtri et endeuillé les
communes de Ntega et Marangara en 1988 et qui s´est poursuivi par les
massacres de la population en octobre 1993 après l´assassinat
du président Melchior Ndadaye. Le dicton « Jamais deux sans
trois » semble s´appliquer à la tragédie que vivent
les réfugiés de Kirundo.
Par ailleurs, selon plusieurs témoignages recueillis auprès
d´eux, leur départ pour l´exil a été précédé par
les mêmes campagnes de rumeurs et d´intimidation et par les mêmes
menaces que lors de l´irruption des violences de 1988 et 1993. Campagne
de terreur à laquelle il faut ajouter maintenant des réunions
nocturnes ponctuées par des tirs nocturnes et animées par des
tambours. Ces manifestations d´hostilité ont été signalées
par exemple sur la colline Bukirasazi, secteur Mugendo et commune de Ntega.
Enfin, les milices locales concrétisent leurs menaces en jetant des
cailloux sur les toits des maisons des personnes qu´elles persécutent
ou frappent violemment sur leurs portes au cours de la nuit. « De jour,
elles refusent pourtant d´endosser la responsabilité de ces
harcèlements incessants et s´en défendent par dénégations
peu sincères » de l´aveu des réfugiés de
Gikonko.
« En 1988 et 1993, « nta mutegetsi yatuburiye », « aucun
responsable de l´administration locale ne nous a prévenus de
l´imminence des violences » affi rme une jeune femme portant
un enfant endormis sur le dos. Maintenant, nous prenons les devants car ces
signes-là ne trompent jamais, conclue-t-elle. »
Par ailleurs, affirme un autre réfugié, « les Hutu qui
fuient vers la Tanzanie sont ceux qui ont tué en 1993. « Bahungisha
abagore n´abana ubu kugira bikure inkwaha kwaha igihe ingwano izotera. » « Ils
mettent femmes et enfants à l´abri en Tanzanie pour revenir
livrer bataille, l´esprit libre, quand la guerre aura éclaté » ajoute-t-il. « Généralement,
poursuit-il, ceux qui ont tué en 1993 ne rentrent pas de l´exil
en Tanzanie. Et quand ils reviennent, ce sont eux « batera amaca kubiri » qui
sèment la division au sein de la population. »
« Si Minani (NDRL : président de l´Assemblée Nationale)
s´avisait à venir ici pour nous inciter à rentrer, déclare
R.R, président de la communauté des réfugiés
de Gikonko et visiblement en grande colère, « azogenda amaramaye
ni yadushikira. » « Il repartira couvert de honte. Ca r, cinq
personnes, dans mon entourage direct, ont été massacrées
immédiatement après une de ses allocutions incendiaires prononcée
de Kigali et diffusée par la radio en 1993. Il appelait à la
défense de la démocratie » conclue R.R avec une pointe
d´ironie.
R.R rappelle aussi d´autres propos fréquemment proférés
par les milices qui terrorisent la population « Cette fois-ci, affirment-elles,
ce sera un soldat contre un soldat, un civil contre un civil, un fusil contre
un fusil. » Un homme averti en vaut deux ! C´est pour cette raison
que les réfugiés de Kirundo franchissent la Kanyaru.
« Semudede »
Troisième vérité. Toutes les accusations recueillies
auprès des réfugiés de Gikonko convergent et dénoncent
les milices locales du « Semudede ». Au niveau des collines,
celles-ci jouent visiblement le rôle des Tontons Macoutes de Duvalier
ou des Chimères d´Aristide de Haïti. »
« Le double langage des politiques au niveau nation al doit cesser » demande
un des réfugiés de Gikonko. Pour illustrer la responsabilité des
milices locales qui se réclament du « Semudede » il cite
en exemple les propos de M.Bukuru, chef de la zone Kigoma et membre connu
du CNDD : « Buyoya, aurait déclaré M.Bukuru, « yabonye
génocide aca yemera imishikirano ya Arusha. » Autrement dit « Buyoya
n´a accepté les négociations d´Arusha que parce
que le génocide contre les Tutsi de 1993 l´y a contraint.
Pour terroriser la population, Venant Habimana, fils de Ntibusanze et membre
connu du CNDD se « balade » avec un fusil sur l´épaule
en toute impunité. Par ailleurs, des vols sporadiques sont perpétrés
dans des boutiques tenues par des personnes qui sont dans le collimateur
des milices. Les dernières boutiques attaquées et pillées
appartiendraient à trois personnes : Ntibimenya, Sentore et Rwarubango.
Certes il convient d´accueillir ces accusations contre le CNDD avec
prudence. En outre, les pouvoirs publics burundais dev raient les vérifier
scrupuleusement. Il n´empêche que le témoignage des réfugiés
de Gikonko doit être pris au sérieux. Même si « on
ne prête qu´aux riches », il serait sain que le « Semudede » clarifie
rapidement sa position par rapport à ces milices qui répandent
la terreur localement, les désavoue publiquement et condamne leurs
forfaits.
Faillite de l´Etat burundais
La crise ouverte par le départ des réfugiés de la province
de Kirundo constitue aussi, et c´est la quatrième vérité essentielle
qu´il est urgent de rappeler, un révélateur de la faillite
de l´Etat burundais. Les réfugiés de Gikonko sont unanimes
: « Aba Semudede, bafise ububasha bubangabanganye n´ubwa Leta. » « Le
CNDD a autant de pouvoir pratiquement que l´Etat » affirment-ils.
Quand il n´en a pas davantage sur le terrain !
A titre d´exemple, les réfugiés citent le cas d´un
nommé Bivuvu connu pour avoir tué 9 personnes et qui aurait été appréh
endé par les forces de l´ordre récemment. Ses compagnons
d´armes auraient déclaré que « s´il mourait,
tous les Tutsi périraient. » Un véhicule rempli de militants
du CNDD aurait été aussitôt mobilisé, serait arrivé sur
le lieu de sa détention à la brigade de Kirundo et le prévenu
aurait été libéré.
Pour expliquer la prolifération des milices locales appartenant au
CNDD, plusieurs réfugiés de Gikonko affirment que lors des
négociations entre le gouvernement de transition et l´ancienne
rébellion, le CNDD n´avait pas assez de troupes à présenter
pour la démobilisation. Des sources fiables et concordantes affirment
en effet que l´ancienne rébellion ne possédait que 3
029 fusils au moment des négociations avec le gouvernement. Or, d´après
une définition habituellement acceptée en matière militaire,
un combattant possède au moins une arme.
La rébellion aurait donc continué à recruter clandestinement
des milices locales peu qualifiées et même « des voyous » selon
les propos d´un des réfugiés de Gikonko afin de gonfler
les troupes de ses belligérants. La région de Kirundo compterait
ainsi, selon les réfugiés, beaucoup de miliciens engagés
par le CNDD et connaîtrait une prolifération spectaculaire et
inquiétante d´armes légères détenues par
ces milices précisément. « Tout récemment, 257
fusils auraient été découverts dans une cache » a
déclaré un réfugié apparemment bien renseigné sur
ce cas précis.
Du reste, toujours selon les témoignages concordant des réfugiés
de Gikonko, les jeunes recrues hutu qui font partie des milices du CNDD,
effectueraient des allers-retours incessants entre le Burundi et la Tanzanie
afin de ramener des armes et de les entreposer dans des caches clandestines.
Ce sont évidemment des accusations extrêmement graves qu´il
convient de prendre avec une extrême prudence mais au sérieux.
Il appartient aux autorités locales de la province de Kirundo et au
CNDD en particulier de les vérifier sur le terrain, de les d émentir
ou, le cas échéant, de les confirmer et surtout de rassurer
la population.
En définitive, la crise des réfugiés de la province
de Kirundo révèle que l´impunité fait des ravages
dans le pays profond et que l´autorité de l´Etat est bafouée
car une ancienne rébellion en passe de devenir une force politique
majeure est accusée de constituer un Etat dans l´Etat.
Une générosité magnifique et spontanée
Le drame vécu par les réfugiés burundais qui cherchent
la protection de l´Etat rwandais ne doit pas occulter une cinquième
vérité qu´il convient de relever avec insistance. Le
Rwanda s´est mobilisé de façon magnifique et efficace
pour accueillir les réfugiés burundais. Deux ministres du gouvernement
rwandais ont rendu visite aux réfugiés accueillis dans la province
de Butare, celui de l´Agriculture et celui de l´Information.
La mobilisation des services sociaux de la préfecture, de la commune,
des services de sécurité, de la croix rouge rwandaise est exemplaire
et constitue un réconfort pour les réfugiés de Gikonko
et probablement d´autres sites mentionnés plus haut.
En outre, des familles rwandaises ont accueillis quelques réfugiés
burundais. Plusieurs rescapés du génocide des Tutsi du Rwanda
de 1994 ont eu la vie sauve grâce à l´accueil qu´ils
avaient reçu au Burundi. A présent ils s´en souviennent
et se portent volontiers au secours de leurs sœurs et frères
d´infortune burundais, aujourd´hui réfugiés dans
leur commune. Un formidable élan de solidarité s´est
ainsi manifesté à l´égard de nos compatriotes.
Une famille rwandaise qui avait fui le Rwanda en 1959 a même accueilli
une famille burundaise qui l´avait accueillie à cette époque
et elle a mis une maison à sa disposition. Par ailleurs, des maisons
de veuves du génocide rwandais en construction, des sales d´école
et des bâtiments publics qui auraient besoin d´être retapés
ou réparés, hébergent actuellement les réf ugiés
burundais.
De son côté, et depuis le début de la crise ouverte
par l´exode des réfugiés burundais accueillis au Rwanda,
l´Etat burundais, sous le choc, n´a pas ménagé ses
efforts pour essayer de renouer le contact avec les réfugiés
et pour les persuader de rentrer. Tour à tour, le gouverneur de la
province de Kirundo, un administrateur d´une des communes burundaise
d´où sont partis les réfugiés, l´ambassadeur
du Burundi à Kigali ainsi que son conseiller, et enfin, dans le courant
de cette semaine dernière, trois ministres du gouvernement du Burundi
ont rendu visite aux réfugiés de Gikonko. La délégation
ministérielle comprenait Pierre Nkurunziza soi-même, ministre
de la bonne gouvernance et surtout président du CNDD-FDD qui est au
centre des accusations des réfugiés de Kirundo. Le patron du « Semudede » avait été précédé par
la ministre, Françoise Ngendahayo chargée du rapatriement et
de la réinsertion des réfugiés et des déplacés.
Le ministre de l´agriculture burundais a également effectué le
déplacement avec Pierre Nkurunziza.
Le discours des autorités nationales burundaises demeure le même.
Les hommes politiques et les responsables administratifs qui ont eu le courage
de venir affronter le regard accusateur des réfugiés leur répètent
le même message et les incitent à rentrer « parce qu´il
n´y aurait plus de raison d´avoir peur. » Mais ces propos
qui se veulent rassurants ne convainquent pas grand monde dans la communauté des
réfugiés. Parfois, quelques deux à trois personnes acceptent
de regagner la mère patrie après la visite des autorités
burundaises.
Car la confiance est loin d´être rétablie entre les réfugiés
et les autorités de leur pays. Ceux-ci attendent, en effet, des engagements
précis et surtout la démobilisation des milices locales qui
les terrorisent. « Pourquoi s´acharnent-ils à rapatrier
les réfugiés récents alors que ceux de 72 à Gikongoro
ou en Tanzanie ne font pas l´objet de la même sollicitude » s´interroge
dubitatif un des réfugiés de Gikonko. « Je trouve cette
sollicitude quelque peu suspecte, » affirme-t-il. De l´avis de
plusieurs réfugiés interrogés, ils n´envisageraient
le retour au pays qu´après le 01.10.2004, date de la fin de
la transition. Certains réfugiés estiment, par contre, que
le délai de six mois qui prolonge le gouvernement de transition prolonge
d´autant leur exil car ils préfèrent adopter une position
prudente de « wait and see »
Les organismes des Nations Unies chargés d´accueillir et de
nourrir les réfugiés, le HCR et le PAM, en l´occurrence,
ont certes tardé à porter assistance aux réfugiés
burundais car le site de Gikonko avait été considéré comme
un camp de transit. Cependant, au 09.10.2004, ces organisations avaient commencé à envoyer
des tentes et des équipements. Ainsi, une unité médicale,
notamment, venait d´être installée par le HCR dans le
site de Gikonko.
Enfin, last but not the least, les professeurs burundais apparten ant à une
amicale créée récemment à Butare, se sont organisés
très rapidement pour porter secours aux réfugiés de
Gikonko et leur ont livré des vivres et des vêtements qu´ils
ont pu collecter. « Nous avons été choqués, comme
tout un chacun, comme chaque citoyen burundais, » a déclaré un
des professeurs burundais à l´université nationale du
Rwanda. Avant d´ajouter, « cet exode de nos compatriotes vers
le pays qui nous héberge et où nous exerçons notre profession
soulève notre conscience morale et politique. »
Un de ces professeurs burundais a, du reste, été reconnu par
des parents et des voisins provenant de sa commune d´origine, Bugabira.
Une de ses cousines a plaisanté en lui disant : « Je ne t´aurais
pas revu si je n´étais pas venu en exil au Rwanda. » Retrouvailles émouvantes
et marquées par un humour délicieux qui réussit à masquer
malgré tout les regards embués par des larmes discrètes
!
Les professeurs burundais d´université à Kigali se sont également
mo bilisés en faveur des réfugiés de Ngenda en province
de Kigali-Ngali. Un véritable élan de solidarité des
Burundais de la diaspora à l´égard de nos compatriotes
affectés par le drame de l´exil a ainsi vu le jour. A ce propos,
les professeurs d´université de Butare ont ouvert un compte
spécial « Opération Secours Réfugiés Burundais » à la
Banque Commerciale du Rwanda (BCR) de Butare dont le numéro est le
suivant : 0035603-0177
Ce compte peut d´ores et déjà accueillir les fonds fournis
par toutes les générosités qui s´exprimeront au
Burundi ou à l´étranger. La diaspora burundaise souhaitera
sans doute s´associer à ce mouvement de solidarité et
secourir les compatriotes réfugiés actuellement au Rwanda ou
dans les autres pays voisins.
Les urgences dans les sites de réfugiés
Les besoins sont considérables : la nourriture pour lutter d´urgence
contre l´insécurité alimentaire, les couvertures pour
protéger du froid du début de la sai son des pluies, les vêtements
surtout pour les enfants qui sont nombreux à tousser, les ustensiles
de cuisine (casseroles et bassines), le bois de chauffe pour cuire les aliments
car il faut deux heures en moyenne pour le collecter dans le voisinage du
camp, une redoutable corvée, la scolarisation des jeunes, les soins
de santé car certains réfugiés sont atteints du sida
et de tuberculose, cette liste n´est guère exhaustive. Car,
en raison de la promiscuité et des conditions précaires d´hygiène
et du stress, les risques de dysenterie bacillaire sont réels et une
campagne de vaccination préventive serait probablement la bienvenue.
Mais l´aide qui sera la plus appréciée par les réfugiés
eux-mêmes serait sans doute une très forte mobilisation de la
classe politique, de la société civile et des médias
burundais afin que les pouvoirs publics s´attaquent véritablement
aux causes de l´insécurité qui pousse, depuis plusieurs
années, des centaines de milliers de nos compatrio tes à l´exil
ou les confinent dans les camps de déplacés intérieurs.
Le rapatriement et la réinsertion de tous les Burundais dans leurs
domiciles constitue une priorité absolue et surtout un des premiers
droits humains. En outre, il déchargerait les pays voisins du Burundi
de la lourde tâche d´accueillir et d´entretenir des milliers
de réfugiés et ce depuis de nombreuses années. A cet égard,
il constituerait un facteur déterminant de bon voisinage et un élément
essentiel pour la résolution des conflits qui ont pris des dimensions
dramatiques et à l´échelle de la région des Grands
Lacs.
Dans la province de Kirundo, en touts cas, il faut de toute urgence mettre
un terme à la dérive criminelle des « Tontons Macoutes
ou Chimères » qui sévissent sur les collines et terrorisent
la population et ce dans la perspective d´élections et d´une
démocratie d´ores et déjà dévoyées
car elles contraignent des citoyens innocents à l´exil.