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Bujumbura-Burundi.

Exclusif « Evénements de 1972 ».



Il y a 37 ans jour pour jour, était lancée une attaque contre les Tutsi au Sud du pays. Ce sombre épisode de l'histoire du Burundi est un des plus controversé entre les Hutu et les Tutsi, car, contrairement à ce qui suivit l'assassinat de Melchior Ndadaye, plus proche dans le temps et en raison du multipartisme et du pluralisme médiatique, ce qui se passa à l'époque reste méconnu du grand public. D'où la désinformation délibérément entretenue par les deux camps, les uns voulant se laver les mains de leurs propres responsabilités, les autres cherchant à culpabiliser l'autre ethnie à outrance, comme pour démontrer son inhumanité et sa méchanceté. C'est pourquoi la rédaction de Net Press a décidé de sortir un numéro spécial exclusivement consacré à cette période, tenant compte de toutes les sensibilités, tout en étant consciente qu'il n'est pas facile de maintenir l'équilibre entre deux visions diamétralement opposées.


La guerre du vocabulaire.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

Les uns parlent d'«événements», d'autres de «massacres»,
d'autres encore de «génocide». En utilisant pudiquement le terme d'«événements», le pouvoir de Michel Micombero cherchait à éviter une terminologie évoquant explicitement le sang versé, car, il se serait alors trouvé dans l'obligation de dire devant la communauté internationale, qui étaient les bourreaux et qui étaient les victimes. Le terme « événements », qui a fini par s'imposer dans le langage courant, était donc facile et confortable, parce qu'il peut bien être approprié à une pluie abondante qui dévaste les champs, détruit les maisons et emporte des vies humaines, ou à un match
mémorable de football. Bref, comme un événement peut être heureux ou malheureux, réduire ce qui s'est passé en 1972 à « quelque chose qui est arrivé » sans plus, cache mal un sentiment de gêne de la part du régime de la Ière République face à ses propres responsabilités. En parlant de «massacres » des Hutu et/ou des Tutsi, cette terminologie est, de la part de ceux qui
l'utilisent, beaucoup plus précise, car on a le sentiment que le nombre des victimes est très important

En revanche, en évoquant le « génocide » des Hutu pour les uns, des Tutsi pour les autres, l'accusation est non seulement précise, mais appelle forcément à désigner les commanditaires qui ont voulu qu'il en soit ainsi. La communauté internationale est généralement prudente pour ne pas dire réticente dans la reconnaissance officielle de cette appellation, parce que cela suppose que les Nations -Unies passent du stade des accusations verbales à celui de l'instauration d'un tribunal international chargé de juger les criminels génocidaires. C'est ce qu'ont réclamé durant de longues années la diaspora hutu avant de se murer dans le silence depuis 1993.

C'est qu'entre temps, d'autres massacres aussi massifs s'étaient déroulés visant les familles tutsi, qui ont été mis sur le compte des leaders hutu. Aussi des associations de lutte contre le génocide regroupant majoritairement les membres de la communauté tutsi réclament-elles à leur tour et avec insistance l'installation d'un tribunal pénal international pour juger les crimes de 1993, sans qu'ils puissent se faire plus entendre que les voix qui souhaitaient le jugement de ceux qui ont trempé dans les «événements » de 1972. Cette indifférence de la communauté internationale vient du fait que l'on considère cyniquement, aux Nations -Unies et ailleurs, que dans notre pays, il y a eu une si l'on peut dire , équilibre de la terreur, dans une sorte de match nul entre les victimes tutsi et les victimes hutu. Car, aux yeux de New York, juger les uns sans juger les autres, serait une sorte d'injustice et de parti pris pour une ethnie en défaveur d'une autre. Cette vision onusienne semble correspondre à celle du pouvoir actuel, par crainte qu'un tribunal international ferait comparaître quelques-uns des dirigeants en place, à commencer par le premier d'entre eux. Mais l'exemple du Rwanda est passé par là, et c'est bien pourquoi les membres de l'accord-cadre pour la restauration d'un état de droit ne cessent de rappeler qu'en ce début du 21ème siècle et 15 ans après le génocide de 1994 chez notre voisin du Nord, ce crime des crimes doit être banni pour toujours.


Ntare V sacrifié sur l'autel de la non - maîtrise de l'information.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

Une des premières victimes non loin d'être anodine des « événements » de 1972 fut, dans la soirée du samedi 29 avril, le dernier roi du Burundi,destitué moins de six ans auparavant par le capitaine Michel Micombero le 28 novembre 1966. Il était parti en exil depuis, et se trouvait en Ouganda sous Idi Amin Dada vers le mois de mars1972. Par une astuce dont il garde le secret, Arthémon Simbananiye, alors ministre des affaires étrangères et un des hommes forts du régime, alla le ramener de Kampala, non sans avoir rassuré le chef de l'Etat ougandais sur la sécurité dont jouirait le monarque renversé.

Dès qu'il fut débarqué à l'aéroport de Bujumbura, des éditoriaux particulièrement acerbes et haineux à son égard, furent diffusés sur la radio nationale, la seule qui était entendue à l'époque, sur ce roi « traître » à la cause de la patrie, qui était en train de recruter des mercenaires pour envahir le pays. A l'époque, il importe de souligner que les services de sûreté maîtrisaient mal les renseignements, tout comme aux premières heures de la journée et de la soirée du samedi 29 avril 1972. Au cours des informations de la mi-journée, tout Bujumbura et le reste du pays furent surpris de l'annonce, pardécret présidentiel, que tous les membres du gouvernement venaient d'être limogés, et que les affaires courantes seraient assurées par les directeurs généraux (il y en avait un seul par ministère).

Durant ces moments incertains jusqu'à l'exécution du roi, les informations dont le pouvoir était en possession, allaient plutôt dans le sens du rétablissement de la monarchie par des mercenaires en provenance de l'étranger. C'est d'ailleurs ce qui explique que les Tutsi condamnés à mort à la fin de l'année 1971, dans ce qu'on appela « affaire Ntungumburanye et consorts » puis graciés en janvier 1972, connurent un régime d'incarcération beaucoup plus rigide, car, « on ne sait jamais », se disait-on dans l'entourage de Micombero. Il faut souligner ici que depuis le coup d'Etat du 28 novembre 1966, les hommes politiques de Muramvya et d'Ijenda étaient assimilés par ceux de Bururi à des nostalgiques de la monarchie, n'ayant jamais digéré le renversement de Ntare V par le clan des Bahima.

Dès que la nature des envahisseurs de la soirée du 29 avril 1972 fut connue - les rebelles hutu en provenance de Tanzanie - et que les premières victimes furent identifiées - les Tutsi - un coup de téléphone en provenance de Bujumbura aurait enjoint à ceux qui détenaient Ntare V au camp Commando de Gitega de veiller à ce qu'il ne lui arrive rien, mais c'était trop tard, puisqu'il venait d'être abattu de trois coups de pistolet en pleine poitrine. C'est donc le manque total de maîtrise de l'information et donc des événements, qui explique la fin tragique du dernier roi du Burundi, celui-là même dont le général de Gaulle disait, alors qu'il le recevait à l'Elysée en tant que prince héritier du royaume du Burundi peu avant 1966, qu'il aurait une grande destinée pour le bonheur du peuple burundais.

Signalons enfin que la Belgique, via son ambassade à Bujumbura, vient de proposer ses services pour l'identification des restes de l'ancien roi, afin qu'il soit inhumé avec les honneurs dus à son rang. Elle indique également qu'elle pourrait contribuer aux frais de l'enquête minutieuse devant conduire à cette identification. De même, sa famille vient de réitérer une de ses anciennes demandes, à savoir que la date du 29 avril soit décrétée jour férié chaque année, en souvenir, non seulement de ce jeune monarque disparu tragiquement, mais également en mémoire de toutes les victimes innocentes qui ont suivi.


Méprise sur l'heure du « coup d'envoi » des massacres, ou l'Imana des Tutsi.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

Afin de rendre facile la liquidation systématique dans tout le pays des dirigeants tutsi, civils et militaires, les chefs des mutins avaient suggéré l'organisation des soirées dansantes aux chefs-lieux des huit provinces qu'il y avait à l'époque. Ce genre de rencontres « gaies » étaient ancrées dans les mours de la Ière République, puisque son fondateur, Michel Micombero, en était particulièrement friand. Il était donc facile de convaincre les gouverneurs de province de suivre l'exemple du « chef », d'autant plus facilement que le pays se trouvait à la veille d'un long week-end qui devait s'achever avec le lundi 1 mai 1972, fête internationale du travail. Tous les hauts fonctionnaires de chaque province, qui se comptaient sur les bouts des doigts d'une main, s'apprêtaient donc à prendre part à ces soirées dansantes, au cours desquelles ceux appartenant à l'ethnie tutsi devaient être surpris dans une telle ambiance de fête et massacrés. A Bujumbura, il était prévu que le président de la République se rende, avec la quasi-totalité des membres du gouvernement, des chefs militaires et des hauts cadres de la fonction publique, au mess des officiers devenu aujourd'hui celui des sous-officiers, situé à quelques mètres de l'Iscam.

C'est alors que peu après 19 heures, le capitaine Kinyomvyi, un officier de taille géante qui assurait la sécurité rapprochée de Micombero en tant que garde-corps, se rendit au mess pour s'assurer que tout était en ordre pour que la sécurité du chef de l'Etat soit garantie.

Après avoir dépassé légèrement la cathédrale Regina Mundi et parvenu à l'endroit exact où se trouve construit le monument du Soldat Inconnu, les mutins confondirent la voiture du capitane Kinyomvyi et du cortège des véhicules qui l'accompagnaient à celui de Micombero. Presque tous ceux qui étaient à bord, dont le garde-corps du président furent massacrés sauvagement. Ceux qui se rendirent dès le lendemain matin à la morgue de la clinique prince Louis Rwagasore, se souviennent encore avoir vu de leurs yeux le corps du capitaine allongé et couvert du drapeau national et une quinzaine d'autres corps sans vie massacrés comme lui la veille au soir.

Or, ceux qui avaient programmé la décapitation des institutions de cette manière, avaient fixé le «coup d'envoi », non pas à 19 heures, mais peu après 21 heures. Cette méprise sur le début des massacres alerta Micombero et son entourage qui s'apprêtaient à se rendre au mess des officiers, et l'ordre fut immédiatement donné dans toutes les provinces du pays pour que les soirées dansantes soient annulées. Cette « erreur » des mutins hutu de Bujumbura que l'on appelle encore « l'Imana des Tutsi », aurait pu modifier le cours d'histoire du Burundi, au cas où elle n'aurait pas été commise. Les Hutu l'ont toujours regrettée, les Tutsi s'en sont toujours réjouis, même si elle n'est pas parvenue à sauver la vie à d'autres Tutsi décimés par milliers au Sud du pays, que les propagandistes hutu continuent de nier, et sur lesquels tout à été dit et écrit et son contraire, depuis 37 ans.


Ils ont dit. Ils ont écrit .sur 1972.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

Sur la sombre période de 1972, le silence des autorités burundaises et celui des intellectuels nationaux qui n'ont pratiquement rien écrit, a laissé la voie libre à ceux que l'on présente abusivement comme des « spécialistes » de la question burundaise. Dans l'ensemble, ils ont repris à leur compte les accusations de nos compatriotes de la diaspora hutu qui se trouvaient avec eux, allant dans le sens de condamner sans nuance le pouvoir de Michel Micombero. Sur le massacre desTutsi au Sud du pays qui a déclenché la répression aveugle des intellectuels hutu, presqu'aucun écrit n'existe.


La présentation des faits se résume sommairement à affirmer que Micombero et son armée se sont réveillés un bon matin, pour en finir « une fois pour toutes »avec la « question hutu », l'ethnie majoritaire « seulement coupable » de réclamer une démocratie pluraliste par « des moyens pacifiques ! » Et pourtant, dans son livre intitulé « Burundi, terre des héros non chantés», Hérménegilde Niyonzima, qui n'est pas Tutsi, a le courage d'expliquer le prologue des « événements de 1972 », à la page 57, par le fait « qu'il s'agissait tout simplement de massacrer lesTutsi, qui n'avaient rien à voir avec le pouvoir. En effet, les hommes de Mpasha (également un Hutu toujours réfugié en Tanzanie, Ndlr) ont massacré, souvent à l'arme blanche, de simples paysans tutsi, agriculteurs pour la plupart, dans cinq communes de la province de Bururi, le Sud du Burundi. Mpasha et ses amis ont précipité les choses, car, ils comptaient sur le mécontentement des Tutsi victimes de la parodie judiciaire de 1971 visant les Tutsi de Muramvya d'une part, et la révolte des monarchistes, causée par l'arrestation du roi Ndizeye le 31 mars 1972, d'autre part. C'était une erreur, .dans la mesure où lorsqu'ils (les Hutu) déclenchent l'attaque du 29 avril 1972, tous les Tutsi se serrent les coudes. »


Nombreux au sein de l'ethnie tutsi regrettent le silence d'un homme comme Arthémon Simbananiye, qui, après la chute de la Ière République, s'est muré dans un silence injustifiable sur 1972.Et pourtant, s'il avait décidé de publier un livre sur ce qui s'est passé, de son point de vue, il y a 37 ans, son témoignage susciterait inévitablement des avis pour ou contre, mais servirait indiscutablement de référence pour l'histoire. « Qui ne dit mot consent », dit-on dans la langue française.. En laissant les exilés hutu et leurs défenseurs s'exprimer seuls sur ce qui s'est passé, l'ancien ministre des affaires étrangères, resté seul survivant parmi ceux qui constituaient la garde rapprochée de Micombero, des civils comme des militaires, est en train de rendre un mauvais service aux jeunes générations tutsi actuelles et surtout à venir. Dans 20,30, ou 50 ans, lorsque seuls les manuels d'histoire constitueront l'unique référence de ce qui s'est passé il y a 37 ans, nos enfants hutu comme tutsi, ne retiendront de 1972 qu'une seule version des faits.

N'a-t-on pas entendu dire, il y a une dizaine d'années, de la part d'un homme supposé être respectable comme Sylvestre Ntibantunganya, que le seul génocide commis au Burundi jusqu'à ce jour est celui de 1972 contre les Hutu, pour nier celui de 1993 qui a décimé les Tutsi ? Mais pour revenir sur les écrits de cette époque, on n'oubliera pas que de tous les journaux étrangers publiés sur 1972, ceux de l'ancienne puissance coloniale la Belgique furent les plus acerbes et les plus incisifs envers le pouvoir de Micombero. Et de tous les journalistes belges, c'est un certain Etienne Ugeux, qui détient la palme d'une haine viscérale anti-Micombero. En été 1972, sa photo fut affichée sur les murs et les arbres de la capitale burundaise, avec des commentaires qualifiant ce journaliste belge «d'ennemi juré de la Nation burundaise ».


1993, est-elle la réponse de 1972 ?


Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

Afin de justifier le génocide des Tutsi qui a suivi l'assassinat de Melchior Ndadaye en 1993, certains milieux hutu du Burundi se basent sur un argumentaire à la rwandaise, à savoir que les familles tutsi qui ont été éliminées ont été victimes de la colère «spontanée » des électeurs hutu qui voulaient venger « leur » président . Et quand on leur demande comment expliquer qu'on ait éventré des femmes enceintes, brûlé les enfants et liquidé des personnes du troisième âge, les réponses, quand ils en trouvent, sont balbutiantes. D'autres parmi les mêmes milieux expliquent que c'était pour se prémunir contre ce qui était arrivé en 1972, par une sorte de réflexe d'autodéfense qui aurait consisté à tuer les voisins tutsi, afin qu'ils ne fassent pas la même chose à l'encontre des voisins hutu comme il y a 37 ans. Cependant, cette présentation des faits ne devrait pas occulter une autre réalité et contrecarrer une autre logique, à savoir celle de la révolution sociale rwandaise de 1959, que l'on aurait commémorée en grandes pompes cette année à Kigali, si Habyalimana n'avait pas connu le sort qui fut le sien le 6 avril 1994, un demi-siècle après les faits. Cette logique voulait que l'accession au pouvoir de la majorité hutu - au Rwanda comme au Burundi - soit indissociable de l'élimination des Tutsi, « des cancrelats, des étrangers et des envahisseurs en provenance d'Egypte».

C'est cette même logique qui expliquera les tentatives manquées de 1965, de 1969, partiellement réussies en 1972, celle de 1988 et finalement la réaction de 1993. Car, si ceux qui se battaient pour l'avènement d'une démocratie majoritaire avaient voulu montrer qu'ils ne cherchaient pas à s'inscrire dans la logique de la révolution sociale rwandaise, ils s'en seraient seulement pris, ou à l'armée mono-ethnique tutsi », ou bien, aux Tutsi de sexe masculin, en épargnant les personnes âgées, les femmes et les enfants. La monstruosité des crimes de 1993, qui ne devrait en aucune manière dédouaner ceux de 1972, est la traduction de cette haine implacable de l'autre ethnie, dont la présence au pays était un anachronisme de l'histoire impossible à supporter par une partie de la population burundaise.

Le tout démocratique et le tout sécuritaire, ou deux logiques inconciliables entre Hutu et Tutsi.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

L'explication des deux communautés hutu et tutsi du Burundi, pour justifier et se défendre contre les accusations dont les uns et les autres font l'objet, se base sur deux logiques comparables aux parallèles qui, enseigne-t-on dans toutes les écoles en géométrie, ne se rencontrent jamais. Pour la majorité ethnique hutu, le principe même de toute démocratie est lepouvoir par le peuple et pour le peuple. Or, ce peuple étant composé, en ce qui concerne le Burundi, de 85% de citoyens, c'est lui qui doit gérer les affaires du pays, par le biais du suffrage universel direct selon le principe « un homme, une voix ».


Au terme de cette première logique, tous ceux qui voudraient réclamer des balises sécuritaires pour leur survie, ne sont que des menteurs et des hypocrites qui chercheraient par ce moyen à confisquer le pouvoir pour leurs intérêts égoïstes. C'est ce raisonnement qui, en novembre 2004, poussa Domitien Ndayizeye, alors chef de l'Etat, à chasser sans manière Alphonse-Marie Kadege de la vice-présidence, parce que l'Uprona, son parti, insistait pour qu'il y ait alternance au sommet de l'Etat une fois les cinq ans, mais également et surtout, parce que le parti de Rwagasore estimait prématurée l'application du suffrage universel direct.

Pour la communauté tutsi donc, seule la sécurité doit primer sur tout autre principe, y compris la démocratie pluraliste. Dans cette logique, la démocratie vue sous cet angle est une façon de mimer les Occidentaux, chez lesquels le vote par le système « un homme, une voix » a pris de longues années avant de s'imposer. En France par exemple où les élections « démocratiques » dataient déjà du 19ème siècle, les femmes n'ont eu droit au vote qu'après la Libération, sous le gouvernement provisoire du général de Gaulle. En 1990, affirment les pourfendeurs de cette démocratie importée, François Mitterrand imposa aux pays africains francophones, lors du sommet de La Baule, ce système tant honni, en conditionnant l'aide de la France par son application.

Pierre Buyoya fut un des premiers chefs d'Etat à s'y aventurer la tête baissée en 1993, avec les résultats que l'on connaît et les conséquences que l'on sait, et qui se prolongent jusqu'à ce jour. Quant aux autres dirigeants du continent, plus subtils et moins naïfs, ils s'arrangèrent et s'arrangent encore à rester chefs d'Etat à vie comme au bon vieux temps des partis uniques, et ce, au moyen de deux astuces. La première consiste à ne jamais perdre les élections quand on est président sortant, et la seconde concerne la modification de la constitution pour se faire élire, réélire, réréélire, réréréélire ainsi de suite, jusqu'à la fin de ses jours, quitte à susciter la colère et l'indignation passagères de la nébuleuse communauté internationale. 37 ans après 1972, le débat entre les deux logiques est loin d'avoir pris fin, quand on sait qu'au sein du mouvement d'Agathon Rwasa, certains trouvent qu'il y a encore « trop de Tutsi » au sein de la Fdn et pas « suffisamment de Hutu », comme l'organe d'information de ce mouvement «Akari mu mbari » l'a écrit sans équivoque l'année dernière.

Mission impossible pour le Pr Emile Mworoha.

Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

L'année dernière, le gouvernement a mis sur place une commission destinée à réécrire l'histoire du Burundi, qui sera publiée dans trois manuels destinés au public différent. Le premier sera enseigné dans les écoles primaires, le seconddans les écoles secondaires et le troisième plus volumineux sera destiné au grand public. La Belgique a accepté de déclassifier ses archives pour les mettre à la disposition des historiensburundais, qui chercheront, entre autres, avec beaucoup de curiosité, à connaître ce que l'ancienne puissance de tutelle savait ou ne savait pas sur l'assassinat du prince Louis Rwagasore. Jusqu'à la première moitié de l'année 1965, le consensus devrait être possible entre les différents membres de la commission. Mais lorsque viendra le moment inévitable d'aborder les multiples tragédies qui ont ponctué les années post-indépendance, des débats houleux et presqu'inconciliables devraient avoir lieu, entre différents membres de la commission reflétant les sensibilités ethniques de ce pays. Et plus précisément, lorsqu'il s'agira de déterminer les responsabilités, le nombre des victimes de part et d'autre, qui a déclenché quoi, qui a tué qui, il faudra que les chercheurs - du moins ceux de nationalité burundaise - possèdent une maîtrise exceptionnelle de leurs sentiments partisans et de leurs émotions, pour trouver un terrain d'entente.

Et même si tel devait être le cas, et rien ne permet de l'exclure a priori, le plus difficile restera à venir. C'est le travail des professeurs hutu d'un côté et tutsi de l'autre, dans les écoles, qui, devant leurs élèves, seront tentés de se démarquer, de nier ou d'amender le contenu des manuels mis à leur disposition par les bureaux pédagogiques. Malgré toute son intelligence, toute son expérience et toute sa sagesse, la mission confiée au Pr. Emile Mworoha s'avère être une mission très difficile, aussi difficile que celle de Pierre Buyoya de réconcilier « définitivement » son peuple, malgré son optimisme béat qu'il pouvait en être ainsi.


« Oui, il y a eu bel et bien génocide des intellectuels hutu en 1972 », estime notre correspondant à Montréal.


Bujumbura, le 28 avril 2009 (Net Press).

« Aussi longtemps que l'ensemble des Burundais, à commencer par les intellectuels, ne se seront pas convenus pour qualifier de la même manière les différentes tragédies qui ont marqué ce pays après 1962, la réconciliation que l'on voudrait imposer par le biais de la commission à la sud-africaine « vérité et réconciliation » restera comme un chiffon de papier à l'instar du vote de la charte de l'unité nationale le 5 février 1991.

« En 1972, la répression qui a décimé les Hutu et que la majorité des Tutsi voudraient présenter comme uniquement 'aveugle', a visé une catégorie bien précise des citoyens burundais, les Hutu, et parmi eux, ceux qui avaient un certain niveau d'études un tant soit peu présentable à l'époque. Or, le génocide ne se définit pas autrement, lorsqu'on élimine systématiquement un groupe de personnes pour ce qu'ils sont, et non pour ce qu'ils ont fait. « Le génocide des intellectuels hutu en 1972 est donc incontestable et devrait être reconnu par les instances internationales, quelle que soit la volonté d'une bonne partie des Tutsi de présenter les choses autrement. Car, leur argument pour réfuter le terme 'génocide' repose sur un raisonnement qui ne résiste pas à l'analyse des faits. Ceux parmi eux que je côtoie tous les jours ici à Montréal au sein de la diaspora et qui acceptent volontiers d'évoquer cet épisode douloureux de 1972, posent la question de savoir quand et comment le génocide a été planifié par le pouvoir de Micombero. Outre le plan Simbananiye révélé par feu Martin Ndayahoze lors de son bref interrogatoire en 1972, il y a eu cette volonté du pouvoir de Micombero, de se prémunir d'avance de ce qui était arrivé aux Tutsi rwandais en 1959.

« Or, au lieu de donner une réponse politique aux revendications des Hutu d'être associés au pouvoir au même titre que les Tutsi, la Ière République préféra instaurer la peur par la répression en 1965 et en 1969 et par le génocide en 1972. La planification a donc commencé par la douloureuse expérience de la révolution sociale rwandaise, face à laquelle Micombero était prêt à verser le sang du plus grand nombre possible de Hutu, afin qu'ils restent soumis pour toujours à la volonté des Tutsi, par la peur qu'à la prochaine récidive, ce sera beaucoup plus grave.

« Cependant, au sein de la majorité ethnique, nous devrions avoir le courage de reconnaître que 21 ans plus tard en 1993, l'éventrement des femmes enceintes, l'élimination physique des vieillards et des enfants, ne nous ont pas grandis aux yeux de la communauté internationale. Ici à Montréal, lorsque des amis canadiens qui suivent de près ce qui se passe au Burundi, nous posent à nous les Hutu, ces questions bien précises, nous avons du mal à trouver un début de réponse, car d'autres cibles tutsi de nos différentes rébellions auraient pu justifier et même 'civiliser' le sens de notre combat.

 
 

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